2006, 400ème anniversaire de la naissance de Pierre Corneille

Sa vie.
Pierre Corneille naquit à Rouen le 6 juin 1606 dans une famille de petite bourgeoisie qui avait accédé aux charges administratives ou judiciaires: son grand-père était commis au greffe du Parlement, son père maître des eaux et forêts. Il eut six frères et soeurs, parmis lesquels Thomas, son cadet de dix-neuf ans, fut également auteur dramatique.
 
La Formation
A 9 ans, le jeune Pierre Corneille rentre au collège des Jésuites de Rouen, où il fait d'excellentes études. Il se passionne déjà pour les Stoïciens latins, Sénèque, Lucain, et leur éloquence raisonnante ou enflammée. Après une rapide formation juridique (1622-1624), il devient avocat au Parlement de Rouen. Mais il est trop timide pour plaider avec succès et préfère le théâtre et la poésie à la jurisprudence. Il achère néanmoins, en 1628, deux offices d'avocat du roi, l'un au siège des eaux et forêts, l'autre "à la table de marbre du Palais", qu'il conservera jusqu'en 1650.
                                                                             

Activités culturelles

Ateliers pratiques

Cours de philosophie comparée d'orient et d'Occident
(cours hebdomadaire)

Cycle de cours mensuels

Horace
En 1640, Corneille qui a eu maille à partir avec Richelieu à la suite du Cid, rentre dans les bonnes grâces du cardinal avec Horace, qui est une tragédie à la gloire du patriotisme et apparaît comme un appel à soutenir le parti de la France en guerre contre l'Espagne, dont la reine est originaire. Inspiré par Tite-Live, Corneille reprend l'histoire du combat des Horaces contre les Curiaces, dont l'issue devait donner la victoire à Rome face à sa rivale, Albe. La lutte, d'abord favorable aux Curiaces, qui avaient d'emblée éliminé deux des trois Horaces, tourne au triomphe de Rome quand le dernier Horace, faisant mine de fuir le combat, tue un à un les Curiaces, amoindris par des blessures et trop sûrs d'eux. Camille, la sœur d'Horace, a tort alors de pleurer son amour pour Curiace au lieu de réagir en bonne Romaine. Son frère la tue et est acquitté de ce fratricide par le roi. Même si le patriotisme est le ressort principal de la pièce, le message de Corneille ne manque pas d'une certaine ambiguïté : face au vieil Horace sans cœur, qui place la gloire de Rome au-dessus du sort de ses propres enfants, et à Horace, vainqueur antipathique à force d'inhumanité, Corneille crée en effet deux personnages féminins poignants : Camille, fiancée d'un Curiace et sœur des Horaces, et Sabine, épouse d'Horace et sœur des Curiaces , qui sont déchirées par leurs sentiments contraires et ne voient dans la guerre entre Rome et Albe qu'une lutte fratricide porteuse de malheur pour tous.

Horace

Scène VI
le vieil horace, sabine, camille, julie

le vieil horace
Nous venez-vous, Julie, apprendre la victoire ?

julie
Mais plutôt du combat les funestes effets :
Rome est sujette d'Albe, et vos fils sont défaits ;
Des trois les deux sont morts, son époux seul vous reste.


le vieil horace

Ô d'un triste combat effet vraiment funeste !
Rome est sujette d'Albe, et pour l'en garantir
Il n'a pas employé jusqu'au dernier soupir !
Non, non, cela n'est point, on vous trompe, Julie ;
Rome n'est point sujette, ou mon fils est sans vie :
Je connais mieux mon sang, il sait mieux son devoir.


julie

Mille, de nos remparts, comme moi l'ont pu voir.
Il s'est fait admirer tant qu'ont duré ses frères ;
Mais comme il s'est vu seul contre trois adversaires,
Près d'être enfermé d'eux, sa fuite l'a sauvé.


le vieil horace

Et nos soldats trahis ne l'ont point achevé !
Dans leurs rangs à ce lâche ils ont donné retraite !


julie
Je n'ai rien voulu voir après cette défaite.

camille
Ô mes frères !

le vieil horace
Tout beau, ne les pleurez pas tous ;
Deux jouissent d'un sort dont leur père est jaloux.
Que des plus nobles fleurs leur tombe soit couverte ;
La gloire de leur mort m'a payé de leur perte :
Ce bonheur a suivi leur courage invaincu,
Qu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu,
Et ne l'auront point vue obéir qu'à son prince,
Ni d'un État voisin devenir la province.
Pleurez l'autre, pleurez l'irréparable affront
Que sa fuite honteuse imprime à notre front ;
Pleurez le déshonneur de toute notre race,
Et l'opprobre éternel qu'il laisse au nom d'Horace.


julie

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ?


le vieil horace

Qu'il mourût,
Ou qu'un prompt désespoir alors le secourût.
N'eût-il que d'un moment reculé sa défaite,
Rome eût été du moins un peu plus tard sujette ;
Il eût avec honneur laissé mes cheveux gris,
Et c'était de sa vie un assez digne prix.
Il est de tout son sang comptable à sa patrie,
Chaque goutte épargnée a sa gloire flétrie ;
Chaque instant de sa vie, après ce lâche tour,
Met d'autant plus ma honte avec la sienne au jour.
J'en romprai bien le cours, et ma juste colère,
Contre un indigne fils usant des droits d'un père,
Saura bien faire voir, dans sa punition,
L'éclatant désaveu d'une telle action.


sabine

Écoutez un peu moins ces ardeurs généreuses,
Et ne nous rendez point tout à fait malheureuses.


le vieil horace

Sabine, votre coeur se console aisément ;
Nos malheurs jusqu'ici vous touchent faiblement.
Vous n'avez point encor de part à nos misères ;
Le ciel vous a sauvé votre époux et vos frères :
Si nous sommes sujets, c'est de votre pays ;
Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes trahis ;
Et voyant le haut point où leur gloire se monte,
Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte.

Mais votre trop d'amour pour cet infâme époux
Vous donnera bientôt à plaindre comme à nous :
Vos pleurs en sa faveur sont de faibles défenses ;
J'atteste des grands dieux les suprêmes puissances,
Qu'avant ce jour fini, ces mains, ces propres mains
Laveront dans son sang la honte des Romains.

sabine

Suivons-le promptement, la colère l'emporte.
Dieux ! verrons-nous toujours des malheurs de la sorte ?
Nous faudra-t-il toujours en craindre de plus grands,
Et toujours redouter la main de nos parents ?

Pierre Corneille, auteur dramatique français, né à Rouen le 6 juin 1606,
mort à Paris le 1er octobre 1684

"Le XVIIème siècle français est, par excellence, le siècle du théâtre. Evénement littéraire et artistique, une représentation dramatique est aussi une cérémonie, un rite social, prolongement de ceux de la Cour ou des salons. Ainsi, la littérature classique, sociale et impersonnelle, fondée sur la culture commune à tous les "honnêtes gens" et sur une communion profodne entre auteurs et public, a trouvé dans le théâtre son mode d'expression favori. Aucun genre ne dépend davantage de la réalité sociale contemporaine et de l'état de la technique. Ce Grand Siècle vit naître tout à la fois les chefs-d'oeuvre de Corneille, de Racine et de Molière, et des institutions nationales comme la Comédie-Française et l'Opéra."
Lagarde et Michard - le XVIIème siècle

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